Marie-Marcelle Godbout a marqué le mouvement LGBT au Québec et surtout les personnes transgenres. Alors qu’elles ne sont qu’un T dans un sigle qui ne les intègre toujours pas, Marie-Marcelle fonde il y a plus de 30 ans l’Aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec, donnant raison à l’adage qui dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Plus sérieusement, Marie-Marcelle Godbout décide de venir en aide aux personnes transgenres à la suite du décès postopératoire d’une de ses amies, Christine Rolling, et qui, au cours de son hospitalisation, a été victime de transphobie. Pendant trente ans et encore aujourd’hui, Marie-Marcelle répond à la ligne d’écoutede l’ATQ, ouverte sept jours par semaine et 24 heures sur 24. Des centaines de personnes transgenres ont pu trouver ainsi une oreille attentive et recevoir un soutien, des conseils, des références. Marie-Marcelle Godbout, ne s’est pas contentée d’être une oreille. Elle organise des rencontres, accompagne les personnes transgenres dans leurs démarches auprès des institutions et de l’administration, et bien entendu auprès des professionnels de la santé. Marie-Marcelle Godbout a mené plusieurs vies. Elle a changé de sexe, a été magicienne sous le nom de Mimi de Paris, et a connu le tout Montréal. Elle a été aussi une des premières transsexuelles à passer à la télé pour parler du transgenrisme à une époque où peu d’entre elles osaient prendre la parole publiquement.

Marie-Marcelle Godbout ne compte plus le nombre d’émissions de radio et de télévisions auxquelles elle a participé, ni les articles de journaux dans lesquels elle revient toujours sur la condition des personnes transgenres, dans des mots simples. Et encore tout récemment, l’émission les Francs-tireurs l’ont sollicitée pour parler du transgenrisme. Un livre pourrait rendre compte de la vie surprenante de Marie-Marcelle, du jeune homme qui quitte l’Abitibi-Témiscamingue pour tenter sa chance à Montréal et pour aussi vivre ce qu’elle est : une femme. À cette époque, les personnes qui s’habillaient dans le genre opposé à leur sexe en dehors de la scène pouvaient être arrêtées et emprisonnées. Marie-Marcelle a connu toutes les facettes de la vie des personnes transgenres, la discrimination, le rejet, les cabarets, les seuls espaces où ces dernières pouvaient enfin être elles-mêmes. Cependant, malgré les difficultés, Marie-Marcelle avait déjà cette générosité, cette compassion pour les autres, et son humour. Avec elle, on va directement à l’essentiel et on laisse tomber tout ce qui est de la vitrine. Quelque chose qui a tout à voir avec l’amour avec un grand A. Mais Marie-Marcelle Godbout est aussi une épouse, une mère, et une grand-mère. Son fils et ses petits enfants connaissent son parcours atypique, et ne sont pas peu fiers de ce qu’elle est pour eux et de ce qu’elle a réalisé. Celle qui rêvait d’être bonne-sœur en est devenue une, mais laïque. Nos communautés lui doivent beaucoup, car alors que les personnes transgenres étaient les oublié-e-s des minorités sexuelles, une femme, toute seule, a su relever le défi de faire sortir de l’ombre, de leur redonner la dignité dont ils et elles n’auraient jamais dû être privées à bon nombre de personnes transgenres. Ce n’est pas une mission que s’est donnée Marie-Marcelle Godbout, c’est seulement sa passion pour les êtres humains. Car au-delà des personnes transgenres, il faudrait aussi souligner son engagement auprès des malades du sida, des personnes en fin de vie, des sans-abris.

En ce sens, cette grande dame qui porte son cœur sur son front, bien visible pour tous, n’appelle qu’un mot : Merci.