Diane Labelle a été témoin et actrice de toutes les grandes luttes qui ont jalonné l’histoire des minorités sexuelles au Québec. En tant que bispirituelle, Diane Labelle a porté cette dimension à l’intérieur des minorités sexuelles. Les bispirituels sont très présents dans les communautés amérindiennes, dans lesquelles la question du genre se modalise différemment que dans nos sociétés fondées sur la binarité du genre, soit le masculin et le féminin. L’engagement de Diane Labelle remonte aux années soixante-dix alors qu’elle participe à un des premiers groupes LGBT à l’université McGill.

Après un séjour à Vancouver, elle revient à Montréal et, avec sa conjointe, décide de fonder une famille. Elle est la première à obtenir un congé parental pour s’occuper de leur premier fils. Un congé qui lui sera accordé après d’âpres discussions avec l’administration et surtout, sans en porter le nom, pour ne pas créer de précédent. À l’époque, dans les couples de femmes, seule la mère biologique de l’enfant était reconnue. Voilà une autre bataille qu’engageront les deux femmes, avec l’aide d’un avocat, pour que la co-mère puisse avoir la garde partagée de l’enfant en usant de stratégie absurde. Diane a dû poursuivre sa conjointe pour qu’un juge accepte qu’elle ait les mêmes droits et les mêmes responsabilités sur leur fils.

Diane et sa conjointe seront présentes sur les comités et les coalitions qui feront pression sur le gouvernement de l’époque pour la reconnaissance des conjoints de même sexe puis de l’union civile pour ne pas que la question de l’homoparentalité soit oubliée. Son implication pour que les familles homoparentales aient une reconnaissance légale mérite d’être soulignée. Depuis, Diane Labelle se consacre à la formation et à l’information dans les communautés amérindiennes, d’une part pour démystifier l’homosexualité, mais surtout pour rappeler que les cultures amérindiennes reconnaissaient le statut des personnes bispirituelles : des personnes qui sont aussi bien hommes que femmes spirituellement indépendamment de leur sexe biologique, de leur orientation sexuelle, ou encore du genre qu’ils adoptent dans la vie de tous les jours.

Pour Diane Labelle, la bispiritualié ne se retrouve pas que dans les cultures des premières nations, mais aussi chez les minorités sexuelles, qui ne se sentent pas appartenir à un genre en particulier, mais aux deux et qui souhaitent que cette expression d’eux-mêmes soit entendue et reconnue. Difficile dans des sociétés comme les nôtres qui, dès la naissance d’un enfant, et en fonction de son sexe biologique, lui impose par l’éducation de se conformer au genre imposé par son appartenance à son sexe. Diane Labelle intervient ainsi auprès des jeunes des communautés amérindiennes, participe à des colloques, donne des conférences, et inlassablement rappelle que les bispirituel-le-s existent aussi et qu’ils ont voix au chapitre. En ce sens, Diane Labelle, en plus de l’admiration qu’elle suscite par sa détermination et par son engagement, mérite que nos communautés lui rendent hommage.