Chaque année, le Conseil québécois LGBT souhaite reconnaître, par l’attribution de ce prix, la contribution exceptionnelle d’individus de marque, à la promotion et à la défense des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles et transgenres, et ce sur la scène internationale.

 

Jóhanna Sigurðardóttir2016 – Jóhanna Sigurðardóttir, ancienne Première ministre d’Islande

Née à Reykjavik en 1942, Jóhanna Sigurðardóttir est devenue impliquée dans le monde syndical dès son premier emploi comme agente de bord. Son élection sur le CA du Icelandic Cabin Crew Association la mène ensuite à la présidence du Commercial Workers’ Union jusqu’au milieu des années 80. Elle est élue députée en 1978 pour le Social Democratic Party et y sera élue pour neuf mandats successifs. Elle est nommée Ministre des Affaires sociales et de la Sécurité sociale de 1987 à 1994.

En 1995, elle forme un nouveau parti politique, qui fusionnera en 1999 avec trois autres partis politiques pour former l’Alliance Sociale Démocrate. Elle sera à nouveau nommée Ministre (ASSS) en 2007, et elle deviendra en 2009 la première femme Première ministre en Islande, et la première cheffe d’État ouvertement homosexuelle du monde. À un moment où son pays est en crise – l’effondrement des trois banques commerciales menacant de plonger l’Islande en faillite – Jóhanna Sigurðardóttir a su sortir son État de la récession. Elle est demeurée en poste jusqu’à sa retraite en 2013.

Elle s’unira civilement à sa conjointe, l’écrivaine Jónína Leósdóttir, en 2002, après presque 15 ans de relation secrète. Toutes deux croyaient que l’aveu de l’union nuirait à la carrière de Jóhanna; elles s’étonneront donc de l’absence presque totale de réaction de la part des médias et du public quand elles sortent du placard! En 2010, alors qu’elle est à la tête du gouvernement, le mariage pour couples de même sexe est légalisé: elles seront les premières à en profiter. Aujourd’hui, elle prépare sa biographie et un documentaire sur sa vie politique. Elles ont trois fils, de mariages précédents, et 7 petits-enfants.

 

Les récipiendaires Grand prix du CQGL des dernières années:

 

Robert Pilon2014 – Robert Pilon

La recherche des qualités des leaders d’exception fait couler beaucoup d’encre. Qu’est-ce donc qui distingue ces femmes et ces hommes? Dans notre communauté, un nom incarne ce niveau d’excellence: Robert Pilon.

Pourquoi Robert? Certes, nous pourrions énumérer les prix qu’il a engrangés, à titre personnel ou au nom du GRIS-Montréal, durant ses neuf années à la présidence de cet organisme. Nous pourrions aussi parler de médaille de l’Assemblée nationale, de prix Hommage bénévolat Québec et de prix d’Excellence de la santé et des services sociaux, mais nous passerions alors à côté de l’essentiel.

Bien plus qu’une liste de récompenses, Robert a transmis au GRIS-Montréal et à la communauté une véritable culture: une culture de l’excellence, du dépassement, de la participation, de l’expression de soi et de l’utilisation des forces en présence pour l’atteinte d’une mission ambitieuse.

Avec Robert Pilon, rien n’est impossible! Le caractère visionnaire et audacieux de son leadership a permis à l’organisme de déployer ses ailes comme jamais auparavant. Si Robert reçoit le Grand Prix du CQ-LGBT aujourd’hui, c’est parce que cette passion jusqu’au-boutiste pour la cause a rejailli sur notre communauté en entier. La notoriété du GRIS a mis à l’avant-scène les difficultés vécues par nos jeunes en milieu scolaire. Grâce au développement et au professionnalisme du GRIS, plus de 300 000 jeunes Québécoises et Québécois, adultes de demain, ont été sensibilisés aux ravages de l’homophobie.

C’est ainsi que nous pouvons envisager avec optimisme l’avenir des générations futures pour qui l’orientation sexuelle ne sera plus qu’une simple facette de la personnalité, parmis tant d’autres.

Sans Robert Pilon, sans sa vision et son charisme, le chemin vers ces accomplissements auraient sans doute été plus chaotique.

 

2013 – Mariela Castro Espín

Fille d’une militante féministe reconnue, Mariela Castro Espín a suivi les traces de sa mère en œuvrant principalement auprès des communautés transgenres et des minorités sexuelles dans son pays natal. En plus de diriger le Centre national pour l’éducation sexuelle (CENESEX.org), elle est présidente du Centre multidisciplinaire cubain pour les études en sexualité et présidente de la Commission nationale de traitements pour les troubles reliés à l’identité de genre.

En 2005, Mariela Castro Espín a déposé un projet de loi dans son pays afin de permettre aux personnes transgenres de recevoir les soins et chirurgies nécessaires ainsi que le changement légal de genre. Son projet est devenu loi en 2008, permettant dorénavant aux personnes transgenres d’avoir accès à tous les traitements sans frais.

« Je suis honorée de recevoir ce prix que je dédie à ma mère qui, depuis les premières années de la Révolution, a défendu les droits des groupes sociaux historiquement marginalisés à Cuba sous la domination coloniale et néocoloniale. Je reçois aussi ce prix comme une reconnaissance du travail de ceux qui m’entourent et qui ont grandement contribué à nos avancements, notamment à mes collègues du CENESEX et à ceux du mouvement cubain LGBTHI. L’engagement et la passion dont ils font preuve dans la lutte pour l’émancipation humaine est unique. Je suis heureuse de partager les réussites de ces luttes historiques avec la communauté LGBT québécoise ».

 

2012 – Michel Dorais

Sociologue, auteur reconnu et professeur titulaire à l’École de service social de l’Université Laval, monsieur Dorais est un pionnier de l’aide psychosociale aux jeunes gais et lesbiennes, aux garçons victimes d’agressions sexuelles et aux jeunes personnes prostituées. Il a par la suite travaillé à la prévention du sida et à l’inclusion sociale des personnes de la diversité sexuelle. Plusieurs études et travaux de ce chercheur sensible et engagé font aujourd’hui référence; tous ont porté sur les impacts relationnels et sociaux de la sexualité humaine, en particulier chez les personnes marginalisées ou stigmatisées. Actif dès les années soixante-dix dans la promotion des droits et libertés en milieu universitaire et dans les services sociaux, il fut aussi l’expert qui défendit, avec succès, la première cause de discrimination envers une personne transsexuelle. Il a également travaillé à la conception des programmes de formation « Pour une nouvelle vision de l’homosexualité » et « Adapter nos interventions à la diversité des orientations sexuelles», qui ont permis de former, à ce jour, plus de 20 000 intervenants de la santé et des services sociaux.

Grâce à ses interventions dans l’espace public, à la traduction de ses nombreux articles et ouvrages, ainsi qu’à de fréquents séjours en Europe, la contribution de monsieur Dorais est reconnue par-delà nos frontières. Par sa volonté de faire mieux connaître les réalités et les problèmes des jeunes issus de la diversité sexuelle, monsieur Dorais aura permis d’accroître leur inclusion sociale. En développant et diffusant des idées et des connaissances novatrices, en formant des étudiants et des intervenants de façon à ce qu’ils luttent contre les préjugés, il aura aidé depuis presque 40 ans à faire évoluer les mentalités et la société. Le parcours exceptionnel de monsieur Dorais au développement du mieux-être des communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles et transgenres d’ici et d’ailleurs mérite amplement que nous lui décernions le Grand prix du CQGL. Mais ce qui est encore plus exceptionnelle, c’est que ce prix soit remis à un homme de coeur, tout à fait hors du commun qui, malgré sa notoriété, a toujours su demeurer accessible et dédié aux autres.

 

2011 – Edwin Cameron

Après des études universitaires où il se spécialise dans la défense des droits humains, il devient, en 1989, professeur de droit où il participera à l’élaboration de la Charte des droits pour les personnes atteintes du VIH-SIDA. Il est cofondateur du Consortium SIDA, en plus de fonder et diriger le Projet de loi SIDA.

Le Président Nelson Mandela le nomme juge à la Cour Suprême pour présider une commission sur le commerce illégal des armes. Juge permanent à la Cour Suprême puis juge à la Cour constitutionnelle avant d’être nommé à la Cour Suprême d’appel, il préside aussi le conseil de l’université de Witwatersrand. Le 31 décembre 2008, le président Kgalema Motlanthe nomme Edwin Cameron à la Cour constitutionnelle, puis le 30 juin 2009, il est nommé Honourary Master of the Bench à la Honourable Society of the Middle Temple.

De plus, il est impliqué à la Guild Cottage Children’s Home, à l’association des conseillers VIH-SIDA de Soweto (SOHACA) et au Community AIDS Response (CARE). Il a aussi écrit plusieurs livres dont Defiant Desire – Gay and Lesbian Lives in South Africa avec Mark Gevisser, et Honoré’s South African Law of Trusts. Plusieurs prix et distinctions jalonne la carrière de cet homme hors du commun, dont le Prix Nelson Mandela pour la santé et les droits humains (2000) et le Prix d’excellence de la Fondation SIDA – San Francisco (2003).

 

2010 – Viviane Namaste

Viviane Namaste est une chercheure et professeure à l’Université Concordia, également titulaire de la chaire de recherche sur le VIH/sida et la santé sexuelle à l’Institut Simone de Beauvoir et elle se démarque depuis une quinzaine d’années, tant sur la scène provinciale, nationale qu’internationale, pour ses nombreux travaux de recherche touchant des communautés et des personnes trop souvent négligées par la recherche en lien avec la prévention du VIH/sida, soit les personnes transsexuelles, transgenres et bisexuelles. Polyglotte, elle est également internationalement reconnue pour son activisme envers la défense des droits de santé des personnes trans.

Mme Namaste a été, en 2010, l’invitée spéciale de l’ONUSIDA lors de la 5e Conférence internationale francophone sur le VIH/Sida, à Casablanca, et a été conférencière invitée lors de l’initiative Franco-cubaine visant à organiser le premier Colloque international sur les transidentités, genre et culture, lequel a eu lieu à la Havane. Auteure de trois livres importants touchant la transsexualité, elle recevait, en 2001, l’Outstanding Book Award, du Gustavus Myers Center for the Study of Bigotry and Human Rights pour son livre intitulé Invisible Lives: The Erasure of Transsexual and Transgendered People, publié aux presses de l’Université de Chicago.

Femme de terrain, madame Namaste est également la fondatrice d’Action Santé Travestis et Transsexuel(le)s du Québec (ASTT(e)Q), un projet né dans les années 1990, dédié à la prévention et à la santé des personnes trans à Montréal et est au sein du projet Polyvalence, axé sur la recherche, la prévention et la santé sexuelle des personnes bisexuelles. Elle a également siégé au comité consultatif de la recherche Ouvrir notre avenir : une étude nationale sur les détenues, le VIH et l’hépatite C et au comité directeur du projet de prévention du VIH du Centre d’amitié autochtone de Montréal. Elle a été membre actif du groupe militant français ACT-UP Paris.

 

2009 – Svend Robinson

Américain d’origine, Svend Robinson est un avocat de formation, un homme politique et un militant homosexuel canadien renommé. À l’âge de 27 ans, il a été élu pour une première fois, et ce, pour sept élections successives (de 1979 à 2004), député néo-démocrate pour la circonscription fédérale de Burnaby en Colombie Britannique. Au cours de sa vie politique active, Svend Robinson est intervenu avec cœur dans des dossiers internationaux sur les droits humains. Il a siégé notamment au Comité canadien de commémoration du 50e anniversaire de l’ONU, en 1995, et était présent dans la délégation canadienne à plusieurs assemblées générales de cette organisation.

En 1988, Svend Robinson est devenu le premier député au Canada à sortir courageusement du placard et à afficher publiquement son homosexualité. Dès lors, il est devenu une figure emblématique dans les mouvements des droits LGBT et, à ce titre, a proposé de nombreux projets de loi et d’autres initiatives sur les droits LGBT, dont le premier projet de loi sur le mariage entre conjoints de même sexe, ainsi qu’un amendement à la loi sur les crimes haineux pour y inclure ceux qui sont basés sur l’orientation sexuelle. Ce projet sur les crimes haineux a été adopté par le Parlement et est en vigueur.

Ayant cessé ses activités politiques, on le trouve maintenant sur plusieurs tribunes nationales ou internationales. Il travaille à Genève à la coordination des relations parlementaires pour le Fonds  mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Tout récemment, il occupait la  coprésidence de la Conférence sur les droits LGBT des Outgames 2009 qui avaient lieu au  Danemark.

 

2008 -L’Honorable Louise Arbour

Haut commissaire aux droits de l’homme à l’Organisation des Nations Unies (ONU), de 2004 à 2008, Louise Arbour a démontré, tout au long de sa carrière un engagement à défendre et à promouvoir les droits humains, en particulier ceux des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et transgenres d’ici et d’ailleurs.

Montréalaise et avocate de formation, elle a suivi un parcours enviable et inspirant dans le monde « masculin » de la justice. Professeure de droit de 1974 à 1987, elle devient doyenne adjointe à l’École de droit de l’Université York, à Toronto. Juge à la Cour suprême de l’Ontario (1987) puis à la Cour d’appel (1990), elle devint procureure en chef au Tribunal pénal international de La Haye en 1996. Ce Tribunal a été mis sur pied par l’Organisation des Nations Unies pour juger les crimes commis au Rwanda et en ex-Yougoslavie. En 1999, elle devient juge à la Cour suprême du Canada. En 2004, elle quitte la Cour suprême pour devenir Haut Commissaire aux droits de l’homme au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU). En 2006, Elle est l’invitée d’honneur à la 1 ère Conférence internationale des droits humains LGBT où elle fait un vibrant plaidoyer en faveur du respect des droits humains des personnes LGBT qui mènera à l’adoption de la Déclaration de Montréal sur les droits humains LGBT.

Le parcours exceptionnel de cette femme de coeur, de principe et de tempérament témoigne d’une vie dédiée à servir la justice au profit des collectivités et de chaque être humain.  Impossible est un mot qui n’existe pas pour Madame Arbour quand il est question de dignité humaine quitte à déranger l’ordre établi.  Son passage au Tribunal pénal international de La Haye confirme bien ce fait.