Les signataires de cette lettre – des organismes et individus luttant pour les droits des personnes LGBTQ+ au Québec – ont pris connaissance avec une grande inquiétude du projet de loi n°21, intitulé Loi sur la laïcité de l’État. Ce projet de loi, présenté le 28 mars 2019 par le Ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, ne nous semble pas défendre une position modérée sur la laïcité tel que le gouvernement l’a dit : il étend son application bien au-delà du compromis Bouchard-Taylor, en plus de nous apparaître assez contradictoire.

Tout d’abord, le projet de loi affirme que l’État du Québec est laïc et neutre sur le plan religieux. Or, il affirme aussi que la loi n’aura aucun effet sur les “éléments emblématiques ou toponymiques” du patrimoine culturel religieux québécois (entendons ici : catholique) en ce qu’il témoigne du parcours historique de la province.

Ensuite, il déclare l’égalité de tout.e.s les citoyenn.e.s. Seulement, il énonce en toutes lettres les restrictions que rencontreront les membres de minorités religieuses dans l’accessibilité à l’emploi et dans le maintien de celui qu’elles auraient déjà dans un secteur d’activité comme l’enseignement qui souffre pourtant déjà d’une pénurie de main d’œuvre.

Enfin, son texte consacre un chapitre entier au “service à visage découvert”, ciblant manifestement les femmes voilées musulmanes et participant ainsi à la stigmatisation d’une population déjà sur-marginalisée.

En tant qu’organismes défendant les droits de personnes LGBTQ+ – donc des personnes qui sont ou ont été elles-mêmes discriminées par des lois québécoises dont certaines ont d’ailleurs été contestées en cour cet hiver – nous craignons la forme que prend ce projet de loi ainsi que les objectifs qu’il poursuit. Il garantit la protection de la culture catholique du Québec au nom de l’Histoire, alors que ces institutions ont participé à la marginalisation des personnes LGBTQ+. De plus, sachant les effets à court, moyen et long terme de la marginalisation et de la haine institutionnelle sur les personnes que nous représentons, nous tenons à exprimer notre solidarité particulièrement envers les membres des communautés musulmanes (dont certain.e.s sont LGBTQ+, rappelons-le). Après avoir vu leurs vies menacées – suite à des attentats odieux dont ils ont été la cible au cours des dernières années, ici et ailleurs – voient maintenant leurs droits individuels s’effriter et leur qualité de citoyen.ne.s et de travailleur.se.s remise en question sur la place publique.

Les valeurs d’inclusivité de la société québécoise ne sauraient être un prétexte pour stigmatiser des personnes sur la base de leur religion. Nous ajoutons donc nos voix aux dénonciations du projet de loi n°21, et suivrons donc de près les étapes de son cheminement.

SIGNATAIRES

Conseil québécois LGBT (Montréal)
Coalition des familles LGBT (Montréal)
GRIS Québec (Québec)
LGBT Baie-des-Chaleurs (Bonaventure)
Regroupement des Femmes de la Côte-de-Gaspé (Gaspé)
Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+ (Montréal)
GRIS Montréal (Montréal)
JAG, Organisme LGBT+ (St-Hyacinthe)
GRIS Chaudière-Appalaches (Lévis)
Coalition d’aide à la diversité sexuelle de l’Abitibi-Témiscamingue (Rouyn-Noranda)
Interligne (Montréal)
Line Chamberland, titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie et directrice du projet SAVIE-LGBTQ (Montréal)
AGL-LGBT Saguenay Lac-St-Jean (Roberval)
Dominique Dubuc (Sherbrooke)
GRIS Mauricie-Centre-du-Québec (Trois-Rivières)
Centre des femmes de Verdun (Montréal)
GRIS Estrie (Sherbrooke)
Fondation Massimadi (Montréal)
Centre de solidarité lesbienne (Montréal)