Retour de l’éducation à la sexualité à l’école: Oui, mais…

(Originalement publié sur le site de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN))

Au cours de la dernière décennie, le milieu communautaire oeuvrant en santé sexuelle et en défense de droits a activement réclamé le retour d’un programme d’éducation à la sexualité à l’école. Ce milieu a assuré, et continue de le faire, une offre de services pour pallier les manques en terme d’information, d’accompagnement et de soutien en éducation à la sexualité auprès des jeunes d’âge scolaire via la recherche, la production d’outils, l’offre d’ateliers et de formations, l’écoute ou encore la diffusion de connaissances. Une partie fondamentale de l’expertise québécoise dans cette matière se trouve donc dans le réseau communautaire.

Tout comme le gouvernement du Québec, nous avons à cœur le bien-être émotif, relationnel et sexuel des jeunes de la province. Nous sommes extrêmement satisfaites de la réintroduction d’un programme d’éducation à la sexualité en milieu scolaire, ce que nous réclamions depuis plusieurs années. Nous le sommes d’autant plus que le contenu de cette formation – du moins ce qui a été rendu public – semble être basé sur une approche positive et globale de la sexualité des jeunes, dans le respect de leurs diversités.

Toutefois, à quelques mois de l’implantation du programme à l’échelle de la province, des questions de taille demeurent, pour lesquelles nous aimerions bien avoir des réponses.

  • À notre connaissance, les organismes-experts dans ce domaine n’ont pas été consultés, ou leurs commentaires demeurent sans réponse. Aurons-nous une occasion de partager nos connaissances avec le Ministère avant qu’il n’en soit à l’étape “bilan”?
  • Nous avons déjà signalé nos inquiétudes au Ministère sur les contenus présentés, notamment en ce qui concerne une invisibilité des diversités corporelles et cognitives et d’une séparation très binaire des genres dans les apprentissages. Ces diversités seront-elles représentées?
  • Nous savons que l’impact du projet-pilote, jusqu’à maintenant, n’a pas été évalué. Est-ce que le programme sera mis en place à l’échelle de la province sans que nous ne connaissions sa réelle efficacité?
  • Enfin, quel sera le budget consacré pour la mise en place de ce programme?
    • Les écoles sont déjà chroniquement sous financées et devront assurer entre 5 et 15h supplémentaires de cours par niveaux. Quelles ressources supplémentaires leurs seront offertes?
    • Il y a fort à parier qu’en raison de son expertise, le milieu communautaire recevra encore des demandes des milieux scolaires pour délivrer certains contenus du nouveau programme. Comment sera-t-il soutenu pour arriver à le faire?

Enseigner l’éducation à la sexualité, ça ne s’improvise pas. Ça demande des compétences particulières – il faut déjà être à l’aise avec le fait de parler de sexualité avec des jeunes, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il faut aussi savoir de quoi on parle et comment en parler. Savez-vous comment fabriquer une digue dentaire, voire même, savez-vous ce que c’est? Savez-vous qu’un stérilet d’urgence en cuivre peut être posé jusqu’à 7 jours après un rapport sexuel à risque ? Connaissez-vous les types de contraception adaptés pour une personne qui prend de la testostérone? Êtes-vous formé pour accueillir le dévoilement d’un.e jeune qui a été agressé.e sexuellement? Dans un domaine aussi délicat, lorsqu’on n’est pas outillé, même si on a les meilleures intentions du monde, on peut parfois faire plus de tort que de bien.

Si le gouvernement veut outiller les jeunes afin qu’ils et elles vivent des relations égalitaires et épanouissantes, s’il veut contribuer à la lutte contre les agressions à caractère sexuel, le racisme, l’homophobie, le sexisme, la transphobie, le capacitisme et les autres formes de discrimination, alors il faut qu’il se donne les moyens de le faire. Remettre en place un programme d’éducation à la sexualité dans les écoles, c’est formidable. Mais encore faut-il faut le financer. Sinon, on en reste aux déclarations d’intention.

Aussi, afin que le retour de l’éducation à la sexualité dans les écoles ne soit pas un rendez-vous manqué et que ce programme fasse véritablement la promotion d’une sexualité saine et épanouissante en bénéficiant de toutes les expertises existantes, nous demandons à ce que:

  • Une formation obligatoire soit créée et dispensée à toute personne qui va être amenée à livrer le contenu du programme
  • Que le milieu communautaire, détenteur d’expertises aussi bien théoriques que pratiques sur l’éducation à la sexualité, soit consulté et contribue à l’évaluation et la mise sur pied du projet et de la formation
  • Que les sujets dont l’absence a été soulignée soient inclus dans le curriculum : sexualité et situation de handicap, identités trans et non-binaires, intersexuation, pratiques de sécurisexe inclusives des diversités, fluidité de l’orientation sexuelle, avortement (les mythes, les réalités), prévention de l’exploitation sexuelle, culpabilisation des victimes et déresponsabilisation des agresseur.e.s, consommation et sexualité, racisation et colonialisme, culture et sexualité, méthodes de contraception non-hormonales (stérilet, diaphragme), grossesse adolescente
  • Que l’approche basée sur la binarité des genres soit modifiée pour laisser place à la fluidité et à la créativité
  • Qu’un processus d’évaluation de l’impact de la formation sur les jeunes et leurs comportements soit mis sur pied, en partenariat avec un ou des groupes de recherche, par exemple la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM ou la Chaire de recherche du Canada en éducation à la santé.

Vous pouvez vous aussi endosser ces revendications!

Une initiative conjointe de :

Signé par :

Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte aux agressions à caractère sexuel (RQ-CALACS)

Crédit photo: Mélanie Dion pour le magazine À Bâbord!