Lettre au Comité international olympique (loi russe anti-LGBT)

Montréal, le 18 juillet 2013

Monsieur Jacques Rogge

Président Comité Olympique International

Lausanne, Suisse

 

Objet : Demande d’intervention : Loi Anti-LGBT Russe et Olympiques de Sochi 2014

 

Monsieur le président,

Comme vous le savez surement, le président russe Vladimir Poutine a récemment signé une loi criminalisant les « relations sexuelles non traditionnelles » qui prévoit des sanctions à toute personne physique ou morale qui fera la « propagande de l’homosexualité auprès des mineurs ». Cette loi, qui s’applique tant aux Russes qu’aux visiteurs de ce pays, fait en sorte que le simple fait de porter l’effigie du drapeau arc-en-ciel, de tenir la main de son conjoint ou de sa conjointe, ou encore de simplement parler de son orientation sexuelle ou de son identité de genre est passible d’emprisonnement.

Cette loi ne touche pas seulement les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles et transgenres, mais également les « présumés » LGBT, ceux et celles qui ne se conforment pas au stéréotype de la masculinité ou de la féminité imposés par la société. Et comme elle s’applique tant au peuple russe qu’aux visiteurs, cela veut dire que tous les athlètes olympiques, entraineurs, employés, famille, amis et supporteurs qui se rendront à Sochi en février 2014 seront assujettis à cette loi.

Au Conseil québécois LGBT, nous trouvons que l’adoption d’une telle loi est inacceptable. Cette loi est non seulement discriminatoire, elle va également à l’encontre le la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi qu’aux valeurs et aux principes de la Charte olympique. Il est inadmissible qu’un pays comme la Russie, qui désire être considéré comme l’égal des grandes nations et, qui plus est, sera le pays hôte des Jeux Olympiques de 2014, vote une telle loi qui encourage la discrimination et stigmatise les personnes issues des communautés LGBT.

Nous estimons que la situation actuelle en Russie n’est pas différente de celle de l’Afrique du Sud où l’Apartheid a sévit pendant plusieurs décennies. D’ailleurs, durant cette période, le CIO a refusé la participation de ce pays aux jeux olympiques pendant plus de 28 à cause de cette politique discriminatoire. C’est pourquoi votre organisation ne peut demeurer silencieuse à l’égard de la Russie. Ne pas intervenir reviendrait à cautionner indirectement ce type de loi et risquerait d’encourager d’autres pays à implanter ce type de législation. D’autant plus que le rôle du CIO est, entre autre, de s’opposer à toute forme de discrimination affectant le Mouvement Olympique, ce qui est le cas ici avec cette loi anti-LGBT.

En effet, lors de cet événement international, qu’adviendra-t-il des athlètes et touristes LGBT? Devront-ils retourner dans le placard afin de s’assurer que leur séjour se déroule sans problème? Est-ce que les « alliés », ces hétérosexuels qui appuient et défendent les droits des LGBT, devront user d’hypocrisie et fermer les yeux sur la situation? De plus, avec le bannissement de la Maison de la Fierté, dont la première fût ouverte lors des Jeux Olympiques de Vancouver, le gouvernement russe démontre bien qu’il n’entend pas prendre cet enjeu à la légère et qu’il s’assurera que la loi soit appliquée, qu’on vienne de Russie ou de l’étranger.

Nous ne pouvons que dénoncer l’action du gouvernement russe à l’égard des communautés LGBT. C’est pourquoi nous vous demandons, monsieur le président, de réagir le plus rapidement possible et d’énoncer publiquement votre position sur cet enjeux important et d’entreprendre les actions nécessaires afin de faire respecter la charte olympique et assurer la sécurité de celles et ceux qui participeront aux olympiques de Sochi en 2014. De plus, pour le futur, nous espérons que la présence la Maison de la fierté (Pride House) fera partie des critères de sélections pour qu’un pays puisse tenir les jeux olympiques.

En attente d’une réponse de votre part et du Comité International Olympique, nous vous prions, monsieur le président, de bien vouloir accepter nos sentiments les plus distingués.

 

Steve Foster

Directeur général

Conseil québécois LGBT