Le 26 janvier dernier, le premier ministre Harper annonçait, dans un point de presse, que son gouvernement entendait revoir les régimes de pension des Canadiens et des Canadiennes et que, par le fait même, le Supplément de revenu garanti pour les retraités risquait de passer dans le tordeur.

Cette déclaration, faite devant les participants la conférence annuelle du Forum économique mondial de Davos, a de quoi surprendre. D’autant plus surprenant que ce dossier n’a jamais été abordé lors de la dernière campagne électorale, ni avant d’ailleurs. Rappelons-nous qu’en 2004, en pleine campagne électorale, Harper dénonçait un soi-disant ordre du jour caché des libéraux, lesquels se préparaient supposément à hausser l’âge d’admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Régime de pensions du Canada. En 2006, Harper promettait encore une fois de ne pas toucher aux pensions. « Mon gouvernement, affirmait-il, va préserver complètement la Sécurité de la vieillesse, le Supplément de revenu garanti et le Régime de pensions du Canada ainsi que toutes les hausses projetées à ces programmes, et nous bâtirons sur la base de ces engagements ».

Que s’est-il passé depuis? Les conservateurs ont obtenu un mandat majoritaire… Depuis qu’ils sont majoritaires, ils démontrent avec une incroyable impudeur que toutes ces fois où ils ont tout fait pour montrer patte blanche n’étaient qu’un leurre, et que ce sont bien eux qui avaient entre les mains le plus gros programme secret caché au pays! Chaque fois que ce gouvernement touche à nos acquis en matière de justice sociale ou en matière des droits de la personne, les excuses pour s’y attaquer sont toujours les mêmes : l’économie et la sécurité.

Quel est l’argument pour toucher aux fonds de pension? « Sous notre gouvernement, le Canada effectuera les transformations nécessaires pour alimenter la croissance économique, la création d’emplois et la prospérité, maintenant et pour la prochaine génération », nous dit-on. Quel est l’argument pour se retirer de Kyoto et pour réduire les transferts aux provinces, notamment en matière de santé? L’économie… Ironique, quand l’on pense que le Canada possède actuellement l’économie la plus solide du G8! La sécurité, quant à elle, justifie-t-elle la fin du registre des armes à feu, l’agrandissement des prisons, les peines automatiques, les informations recueillies sous la torture, l’interdiction du transport aérien aux personnes transsexuelles et transgenres, la présence de certaines associations écologistes sur une liste noire (sans parler des tentatives par la bande de rouvrir le débat sur la peine de mort)? Ironique, encore une fois, lorsque l’on sait que le taux de criminalité est le plus bas en 30 ans au pays et que le Canada figure en tête de liste des pays où il fait bon vivre! Voilà le genre de transformation idéologique que Harper et ses sbires mettent de l’avant depuis le début de leur mandat majoritaire!

Lorsque nous regardons les orientations de ce gouvernement, nous devons admettre que nos valeurs de justice, d’égalité, de compassion et de solidarité sont mises à rude épreuve. En fait, c’est notre capacité à rendre ce monde plus humain qui est en train de prendre le bord. Nous sommes bien loin des valeurs que transporte la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais en ces temps de rectitude idéologique conservatrice, parler de droits de la personne n’est certes pas une vertu. Dès que nous abordons le sujet, nous sommes catalogués de « gaugauches » par les tenants du gouvernement Harper. Une situation encore une fois des plus ironiques quand on voit Harper faire les manchettes lors de son voyage en Chine, où il se vante de défendre ces mêmes droits qu’il bafoue chez nous.

Depuis plusieurs années, les organisations de la société civile, dont le CQGL, ont dénoncé à maintes reprises les actions et décisions de ce gouvernement. Nous avons prévenu la population de ce que nous risquions avec l’élection d’un gouvernement qui croit que la répression et le profit sont un gage de sécurité, contrairement à la gauche, qui a su démontrer par le passé que la sécurité s’acquiert par la justice et par l’égalité sociale. Dans une telle vision, notre existence collective et individuelle se résume, de plus en plus, à une mesure comptable et statistique. L’économie ainsi idéalisée ne s’embarrasse pas de l’humain. La sécurité, dans cette optique, ne devient plus un bien collectif, mais l’affaire des biens nantis uniquement.

Mais maintenant que le gouvernement passe à l’action, maintenant que la population se rend compte que le loup est bien dans la bergerie et que ce n’était pas une lubie de quelques brebis égarées, elle commence vraiment à craindre le pire. Heureusement, il n’est pas trop tard. À l’image de ces aînés qui ont occupé, le 9 février dernier, une vingtaine de bureaux de députés en Ontario, chacun et chacune d’entre nous doivent être prêts à se mobiliser.

Ensemble et collectivement, nous sommes en mesure de signaler avec vigueur à ce gouvernement que, quoi qu’il en dise ou pense, le développement économique et la sécurité passent par le développement humain. Accroitre la qualité de vie, le niveau de santé et assurer l’accès à l’éducation et à de meilleures conditions de travail sont les outils essentiels au développement durable et à la prospérité. Ensemble, nous pouvons lui signifier que c’est à gauche que les solutions se sont montrées les plus efficaces et justes. Nous pouvons lui montrer que si le cœur dans l’être humain est physiquement à gauche, il doit bien y avoir une bonne raison à cela…

Texte de Steve Foster, président-directeur général du CQGL, publié dans le magazine Fugues, le 20 février 2012.