Le 10 décembre dernier, dans le cadre de la Journée mondiale des droits humains, la Secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton prononçait un discours devant les membres de l’Assemblée des Nations-Unis à Genève. Intitulé Gay Rights are Human Rights, Mme Clinton a livré un vibrant plaidoyer en faveur des droits des personnes LGBT et ce à travers le monde. Cette dernière nouvelle de 2011 venait couronner une année en dents de scie pour nos droits sur le plan mondial. Naïvement, je me suis dit que cette intervention des États-Unis serait inspirer nombre de leaders et qu’en 2012 nous pourrions voir des avancées notables pour nos droits dans plusieurs pays. Malheureusement, mes espérances risquent de ne pas trouver beaucoup d’écho en 2012.

Voici quelques exemples qui laissent présager une année de grandes luttes et dans certains cas de grandes souffrances pour les personnes gais, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et transgenres dans bien des régions du monde.

Dès le début de l’année, la nouvelle Constitution hongroise entrait en vigueur. Le Président Viktor Orban qualifié d’«autocrate» par l’opposition, a fait fi des nombreuses critiques et inquiétudes nationales et internationales quant au recul des droits humains dans son pays dont ceux des femmes ainsi que des personnes LGBT qui ne pourront avoir accès au mariage, car la Constitution détermine désormais que l’union doit être entre un homme et une femme. Et pour changer la Constitution, le 2/3 des voix au parlement est exigé. Ce qui, selon les analystes, sera presque qu’impossible à obtenir pour le parti d’opposition advenant qu’il obtienne le pouvoir, car leur majorité ne pourrait être aussi grande.

Toujours en janvier, le Pape a réitéré que le mariage entre conjoint(e)s de même sexe constituait une menace pour l’humanité. Une fois de plus, le pontife a rappelé, lors de la cérémonie traditionnelle des vœux au corps diplomatique accrédité au Saint-Siège que ces unions portent atteinte à la famille et menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité et a dénoncé du même coup les pays qui légalisaient ces mariages. Ce faisant, Benoît XVI, bénit tous les chefs des États qui criminalisent ou souhaitent criminaliser l’homosexualité, à poursuivre dans la même direction.

En France, le président Sarkozy a réitéré, dans le cadre de l’actuelle campagne présidentielle, son opposition au mariage homosexuel, aux droits de filiation et d’adoption pour les couples de même sexe, mais se dit ouvert à l’égalité des droits successoraux, patrimoniaux et fiscaux. Pour un pays dont la devise est Liberté, égalité, fraternité, il semble qu’elle ne s’applique pas pour les personnes LGBT.

De son côté, le sénateur de l’état de l’Oklahoma, Mike Reynolds, promeut actuellement un projet de Loi qui interdirait aux gais et lesbiennes de servir dans la Garde Nationale de l’État. Pire encore, la législation prévoit que les fonctionnaires de l’État pourront interroger directement quelqu’un sur son orientation sexuelle. Cette initiative sera encore pire que l’ancienne politique du Don’t ask, dont tell. Si le républicain Raynolds parvient à ses fins, l’Oklahoma rejoindra les pays tel que la Chine, l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord et le Pakistan en interdisant aux gais et lesbiennes de servir leur pays.

Et le Canada n’est pas en reste. Une controverse entourant la validité des mariages d’étrangers gais et lesbiennes venus unir leur destinée ici, mais résidant à l’extérieur du pays vient d’éclater. Bien que le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson ait changé de discours et ait affirmé que son gouvernement changera la loi afin que les unions de mêmes sexes d’étrangers célébrées ici soient reconnues au Canada même si le pays d’origine des conjoints ne reconnait pas le mariage homosexuel. Quand nous regardons le passé du parti conservateur en matière de droits LGBT, nous sommes en droit d’avoir quelques doutes.

Et tout ça en janvier seulement et le mois n’est pas terminé. Au moment d’écrire cette chronique, le calendrier indique le 13. Il n’y a pas à dire, 2012 commence plutôt mal.

Mais demeurons optimistes, il y aura sans doute de bonnes nouvelles. Il y aura certainement des leaders, en 2012, qui seront inspirés par le discours d’Hillary Clinton. Ils décideront finalement de respecter leur signature sur les Traités et Pactes internationaux et les appliqueront sur leur territoire afin que leurs citoyennes et citoyens puissent voir leur dignité respectée et leurs droits reconnus. Mais là encore, je suis trop naïf?

En attendant, je vais réécouter le discours d’Hillary Clinton, car il transporte l’espérance. L’espérance d’un monde meilleur pour nous tous et toutes.

Je nous souhaite donc, pour 2012, l’espoir comme moteur de changement.

Texte de Steve Foster, président-directeur général du CQGL, publié dans le magazine Fugues, le 23 janvier 2012.