En octobre dernier, Jamie Hubley, 15 ans, s’est enlevé la vie, après avoir vécu sans relâche le harcèlement de la part de jeunes de son école. Par-delà la tristesse de la situation, sa mort a suscité de vives réactions. L’humoriste Rick Mercer, lors de son émission sur CBC, ainsi que Patrick Lagacé et Yves Boisvert, chroniqueurs à La Presse, sont allés de leurs commentaires sur la nécessité ou non du coming out des personnalités publiques.

La sortie fracassante de l’animateur Rick Mercer, personnalité publique gaie très aimée, a fait boule de neige. Il a été catégorique : « Si vous êtes gai, dites-le publiquement, car les jeunes homosexuels ont besoin de modèles pour qu’on n’ait plus à lire des nouvelles comme le suicide de Jamie. Vous ne pouvez plus être invisible, plus maintenant!»

Dans sa chronique du 29 octobre dernier, Patrick Lagacé, pour sa part, affirmait : «Le message subliminal, quand X reste dans le placard, est qu’être gai, c’est quelque chose qu’il faut cacher, quelque chose de honteux. Rien ne force X à “se dévoiler”, mais ces personnalités publiques qui restent dans le placard, en 2011, sont des alliés involontaires de ceux qui perpétuent la chasse, subtile ou pas, aux fifs et aux butchs». Son collègue Yves Boisvert s’est opposé à ses propos. «Il existe un droit de ne pas sortir du placard, pour un million de raisons. Parce qu’on a peur. Parce qu’on ne l’a pas dit à sa famille. Parce qu’on n’a juste pas le goût d’être un symbole», a-t-il rétorqué.

Pour ma part, je suis de ceux qui croient que les personnes homosexuelles et bisexuelles ne devraient plus être dans le placard, qu’elles soient publiques ou non. Il ne s’agit pas ici de faire des coming outs forcés. Je m’opposerai toujours à cette façon de faire, à moins, par exemple, que vous soyez un républicain homophobe qui se paye des escortes masculines! Il ne s’agit pas non plus de rendre coupables du suicide de jeunes LGBT celles et ceux qui sont dans leur garde-robe ni de leur demander de devenir des symboles, de faire le défilé ou de faire du militantisme… à chacun son métier! Il s’agit plutôt d’équité. Le fait de taire son homosexualité est une injustice envers celles et ceux qui ne peuvent pas avoir un « placard ». Parlez-en aux minorités visibles, aux handicapés et aux transsexuels en transition qui vivent la discrimination, le rejet et l’exclusion. Ils ne peuvent pas se cacher, même si, parfois, ils souhaiteraient avoir droit, eux aussi, à un placard douillet.

Au cours des 40 dernières années, nous avons revendiqué et demandé, avant même l’égalité juridique et sociale, à être respectés pour qui nous sommes. Je dis nous, mais je devrais plutôt parler des militants et des militantes qui ont revendiqué et qui revendiquent toujours une meilleure vie pour l’ensemble des personnes LGBT. Pour ce faire, ces hommes et ces femmes sont sortis du placard, malgré les conséquences souvent importantes sur leur vie. Grâce à eux, nous pouvons, aujourd’hui, nous marier et adopter des enfants. Bref, nous avons les mêmes avantages que les hétérosexuels, mais grâce à notre «placard», nous avons aussi le luxe de ne pas avoir à vivre les inconvénients liés à notre orientation
sexuelle.

À ceux et celles qui seraient portés à dire que notre orientation sexuelle relève de la vie privée, je dirai ceci : l’orientation sexuelle est l’un des déterminants fondamentaux de notre identité, tout comme ce l’est pour les hétérosexuels. Ce qui relève de la vie privée, c’est notre intimité, non notre identité. Si les personnes hétérosexuelles peuvent parler librement de leur vie intime, alors nous devrions pouvoir en faire de même sans pour autant renier notre identité.

La question qui se pose maintenant est : pourquoi serions-nous les seuls à pouvoir nous cacher? Sommes-nous si démunis? Sommes-nous si spéciaux, pour mériter un traitement différent? Taire notre identité pour ne pas faire de peine à nos proches, pour ne pas perdre notre travail, pour ne pas avoir à être discriminés, c’est vivre dans la peur. Il me semble que nous valons mieux qu’une vie de placard.

Texte de Steve Foster, président-directeur général du CQGL, publié dans le magazine Fugues, le 21 novembre 2011.