Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Harper, nous assistons à une charge en règle contre les institutions démocratiques, les pratiques démocratiques et les droits et libertés. Ces attaques systématiques tendent à vouloir faire taire la voix de toute organisation ou de tout individu qui conteste ou critique les politiques du gouvernement canadien. Bref, Stephen Harper et ses sbires, ne supportent pas la contradiction.

Vous voulez des exemples? Abolition du programme de contestation judiciaire, retrait du financement aux instances ou organismes qui manifestent leur désaccord avec les orientations et positions gouvernementales; retrait du financement aux organismes de coopération internationale; congédiement de la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire; mise à pied de gestionnaires et imposition d’un président qui est pro-israélien, pour la peine de mort et contre les droits des LGBT au sein de l’organisme Droits et Démocratie; non-respect des décisions des tribunaux canadiens; diminution de la transparence et restriction de l’accès à l’information sur l’action gouvernementale; abolition du financement des volets sur le contrôle des naissances et l’interruption de grossesse dans le programme de santé maternelle en Afrique…

Attendez, ce n’est pas fini…! Harper impose sa loi du silence aux agents publics, aux diplomates, aux dirigeants d’agences gouvernementales, aux hauts gradés militaires, aux scientifiques à son emploi. Il interdit au personnel politique de ses ministres de témoigner devant des commissions parlementaires. Il empêche les chercheurs d’Environnement Canada de s’adresser aux médias et tente de régenter leurs publications. Il essaie de miner l’indépendance des agents du Parlement tels que la Vérificatrice générale et le Commissaire aux langues officielles. Il restreint ou abolit le financement des organismes de défenses des droits. Il distribue un guide secret à l’attention des présidents conservateurs de comités parlementaires sur la manière de perturber les travaux de comité.

Vous en voulez encore? Il exerce un contrôle centralisé de l’information divulguée aux journalistes par les ministères et mine la liberté de presse. Il use abusivement de son pouvoir de prorogation. Il met la hache dans toutes les initiatives environnementales. Il abolit l’obligation de répondre au formulaire détaillé du recensement, ce qui, de l’avis de l’ensemble des experts, est une aberration. Il finance et entretient des liens étroits avec des groupes religieux fondamentalistes.

Et comme si cela ne suffisait pas, il va abolir le registre des armes à feu et il va probablement congédier le président du CRTC, car il refuse d’accorder une licence à une chaîne d’information continue ouvertement de droite surnommée la Fox News du Nord et dont le patron Kory Teneycke, comme par hasard, est l’ancien directeur des communications de notre bon premier ministre Harper lui-même.

Par le passé, le Canada a contribué au renforcement de droits fondamentaux et de la démocratie, ici comme partout dans le monde. Le Canada était un phare en la matière. Malheureusement, ce n’est actuellement plus le cas. Les récentes prises de positions et les actions du gouvernement Harper contribuent dangereusement, tant au plan national qu’international, à l’affaiblissement du respect des droits et de la démocratie. Harper fait reculer les enjeux aussi fondamentaux que l’égalité des sexes, l’abolition de la peine de mort, la protection contre la torture, les droits des gais et lesbiennes, les droits des femmes, les droits des réfugiés et des personnes immigrantes, les droits des peuples autochtones, pour ne mentionner que ces exemples.

N’avez-vous pas le vertige? Et je n’ai fait qu’un bref survol des réalisations de monsieur Harper et de son parti. Aucun gouvernement, sauf dans les pays où la dictature est instaurée, n’a réussi à déconstruire autant une société, tout en étant minoritaire. La situation actuelle est plus qu’alarmante et nous devrions craindre pour le sort des droits et libertés et pour la qualité et la santé de la vie démocratique au Canada, voire pour leur protection et leur préservation. Mais, aussi et surtout, nous devrions être inquiets pour notre propre qualité de vie.

Un certain président, d’un pays voisin du nôtre, a déjà dit «Vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous.» Cette citation appliquée à Stephen Harper devient : «Vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi.» Et comme c’est parti, avec une opposition aussi frileuse qui agit en fonction des sondages et non en fonction de ses principes et de ses convictions, nous risquons de voir de plus en plus les ravages de cette philosophie. D’autant plus que, si rien ne change, nous risquons d’avoir un autre gouvernement minoritaire conservateur.

D’ailleurs, Harper ne s’inquiète même plus d’être minoritaire. Il a prouvé qu’en faisant taire la dissidence, qu’en contrôlant l’information, qu’en congédiant les opposants à sa vision pour placer ses serviteurs aux postes clés, qu’en restreignant l’accès à l’information, tout est possible. Vive Harper 1er!

 

Texte de Steve Foster, président-directeur général du CQGL, publié dans le magazine Fugues, le 21 septembre 2010.