Le Conseil québécois des gais et lesbienne (CQGL) tient à manifester son désaccord avec la décision tout à fait arbitraire du ministre de l’Agence de développement économique pour les régions du Québec, M. Jean-Pierre Blackburn, de retirer au Festival Black & Blue le financement qui pourtant avait déjà reçu une recommandation favorable de la part de ses propres fonctionnaires. Nous sommes également très inquiets du traitement que votre gouvernement a réservé jusqu’ici à la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (LGBT) québécoise et canadienne.

Nous tenons, d’emblée, à dénoncer vigoureusement le prétexte qui semble avoir motivé cette décision du ministre Blackburn tel qu’évoqué par un de ses attachés politiques, à savoir sa volonté de ne financer dorénavant que des festivals qui s’«adressent à la famille», faisant ainsi fi des retombées économiques importantes de cet événement d’envergure internationale. Il s’agit là d’un critère de sélection inédit que le ministre a improvisé de toute pièce et qu’il n’a pas crû bon d’appliquer à d’autres événements de ce genre… Faut-il en conclure que le ministre croit que les couples formées de gais et de lesbiennes, ainsi que les gais et les lesbiennes qui ont des enfants, ne sont pas de «vraies familles» et ne méritent pas la même considération que les «familles hétérosexuelles»? Cette décision politique du ministre doit malheureusement être considérée dans un cadre plus large. En juillet dernier, vous avez-vous-même refusé de prendre la parole lors de la plus grande conférence internationale jamais organisée sur les droits humains des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles et transgenres dans le cadre des Outgames Montréal 2006 (Conférence de Montréal). En août, vous avez également brillé par votre absence lors de la conférence internationale de Toronto sur le sida, nous laissant ainsi croire que vous êtes l’un des seuls chefs de gouvernements occidentaux, avec George W. Bush, à encore penser que cette terrible maladie ne touche que les homosexuels. En outre, en septembre, au même moment où votre ministre des Finances annonçait un surplus de 13 milliards de dollars, vous avez éliminé le programme fédéral de contestation judiciaire qui était doté d’un budget de 600 millions. C’est évidemment ce programme qui, entre autres, a permis à notre communauté de contester avec succès devant les tribunaux la définition traditionnelle du mariage. Non content des mesures évoquées plus haut, vous venez de réaffirmer que votre gouvernement présentera avant la fin de l’année, une motion visant ultimement à retirer aux couples de même sexe leur droit juridique de se marier et d’être ainsi considérés comme citoyens à part entière. Et voilà que nous venons d’apprendre qu’en cas de défaite, vous envisagez de présenter un autre projet de loi (un plan B) qui, celui-ci, légaliserait la haine fomentée par certains groupes religieux à notre endroit !

Cela dit, nous sommes conscients que la communauté LGBT n’est pas la seule à faire l’objet d’une telle attaque en règle de votre gouvernement. Des programmes fédéraux touchant les femmes, les autochtones, les jeunes et même les bénévoles ont été éliminés depuis que vous avez pris le pouvoir. À titre, d’organisme voué à la promotion des droits autant juridiques que sociaux de la communauté LGBT du Québec, il est de notre devoir d’exiger et ce, sans équivoque possible, que vous rangiez au plus vite vos préjugés dans le placard. Le jupon ouvertement homophobe de votre gouvernement dépasse dangereusement ! Le Canada, Monsieur Harper, quoi qu’on en dise, fait l’envie de plusieurs citoyens du monde tant pour son ouverture, pour ses valeurs démocratiques que pour sa Charte des droits et libertés. Ce serait faire marche arrière que de chercher à aller de l’avant avec de telles projets homophobes, discriminatoires et pour le moins « très peux canadiens ».